Une guerre souterraine à l'origine des attentats de Paris ?

Publié le par Jean Baptista

C'est le 12 janvier, soit seulement 5 jours après l'attentat contre Charlie Hebdo que la CNCIS (Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité), sous la plume de ses représentants Jean-Marie Delarue, François Noël Buffet et Jean-Jacques Urvoas, s'est fendue d'un surprenant communiqué dénonçant une "manipulation" de la presse visant à  présenter la CNCIS comme responsable de l'abandon des écoutes des auteurs des massacres des 7 et 9 janvier.

Une guerre souterraine à l'orgine de l'abandon des écoutes du trio Kouachi-Coulibaly ?

Une guerre souterraine à l'orgine de l'abandon des écoutes du trio Kouachi-Coulibaly ?

Citant une source proche du dossier, L'Express N° 3315 du 14 janvier vient pourtant conforter l'idée déjà défendue quelques jours plus tôt par Jean Marc Leclerc du Figaro en expliquant que "Les enquêteurs de la DGSI se seraient heurtés à des difficultés pour obtenir l'autorisation de prolongation d'écoutes. Celles-ci n'étant délivrées que pour une durée de quatre mois , il faut ensuite en demander le renouvellement à la CNCIS. Or la commission aurait fini par refuser la prolongation.". Situant l'arrêt des écoutes en juin 2014, l'hebdomadaire souligne comme l'ont clamés les dirigeants de la CNCIS "qu'en tant qu'autorité indépendante, la CNCIS ne livre au gouvernement que des "avis", sans caractère contraignant". Autrement dit la CNCIS et Matignon vont se renvoyer la balle. Et ce jeu peut durer très longtemps.

Une "affaire" révélant une guerre souterraine ?

"L'affaire" pourrait relever de l'ordre du détail mais elle prend une autre tournure lorsqu'il s'agit de ce que l'on doit reconnaître comme une défaillance de l'Etat dans la prévention des attentats de Paris. Or en Juin 2014, mois au cours duquel les écoutes de Saïd Kouachi ont été stopées, la présidence de la CNCIS a simultanément été renouvelée. C'est par un décret de la Présidence de la république du 26 juin 2014 que Jean-Marie Delarue y a fait son entrée, remplaçant Hervé Pelletier, démissionaire (il avait été nommé à ce poste par Nicolas Sarkozy en 2009). Or selon un "expert" connaissant l'affaire et cité par Le Point, Jean-Marie Delarue est "un vrai juriste, engagé dans un rapport de force avec le gouvernement". L'article, écrit par le journaliste Jean Guisnel évoque une "guerre souterraine" entre les juristes de la CNCIS et les services secrets français qui  "estiment faire l'objet de la part de la CNCIS de mesures de pure "rétorsion". Des mesures de "rétorsion " qui d'une manière ou d'une autre seraient donc à l'origine des failles du système sécuritaire français et qui expliqueraient le curieux déficit de renseignement sur les projets des frères Kouachi et de leur acolyte Amedy Coulibaly. Une guerre souterraine ferait donc rage à l'intérieur de l'appareil de renseignement français. Mais quelle est la véritable nature du "rapport de force" évoqué par la source de Jean Guisnel ? 

Jean-Marie Delarue, grand patron des prisons françaises de 2008 à 2014

Jean-Marie Delarue, grand patron des prisons françaises de 2008 à 2014

Tout d'abord, il serait pour le moins surprenant que Jean-Marie Delarue, ainsi que son collaborateur Jean-Jacques Urvoas (président de la Commission des Lois) déclenchent des mesures de rétorsions pour de telles demandes compte tenu qu'ils sont loin d'ignorer l'ancrage en France d'une certaine menace islamiste dont les frères Kouachi et Amedy Coulibaly sont la plus fidèle incarnation. Lors de sa prise de fonction à la CNCIS en juin 2014, Jean-Marie Delarue bouclait pour sa part une carrière exceptionnelle de 12 ans au sein de l'administration carcérale, ayant sucessivement occupé le poste de Président de la Commission de suivi de la détention provisoire (de 2002 à 2008) puis de contrôleur général des lieux de privation de liberté (de 2008 à 2014). En bref, depuis 2008, il était devenu le grand patron des prisons où se sont justement radicalisés Amedy Coulibaly et Chérif Kouachi.

 

Amedy Coulibaly : fabrication d'une icône du milieu carcéral

Amedy Coulibaly apparaissait, de dos, sur la couverture du livre Reality-Taule.

Amedy Coulibaly apparaissait, de dos, sur la couverture du livre Reality-Taule.

En 2009, alors que Jean-Marie Delarue faisait ses premiers pas à la tête des prisons françaises, l'émission Envoyé Spécial avait diffusé une partie des images tournées illégalement et secrètement par Amedy Coulibaly sous le pseudonyme d'Hugo à la prison de Fleury-Mérogis. Ce fut un véritable électrochoc pour les 6 millions de téléspectateurs qui avaient ainsi découvert la réalité des prisons françaises. Sans lien avec cet évènement providentiel, Jean-Marie Delarue avait remis quatre jours plus tard, son premier rapport sur les conditions de détention et dressait un portrait des prisons qui rejoignait la réalité alors exposée par Envoyé Spécial. Cité par le Parisien lors de la sortie de son rapport, Jean-Marie Delarue s'était affiché comme partisan d'un assouplissement de la sécurité en milieu carcéral qu'il comparait à «un ogre jamais rassasié (qui) mange trop les droits de la personne». De leur côté, les producteurs du film d'Envoyé Spécial, Omar Dawson et Karim Bellazaar s'étaient ensuite lancés en 2010 dans un projet de prévention visant à sensibiliser les jeunes des quartiers populaires à la réalité de l'incarcération. Et curieusement, les images tournées par Coulibali servirent in fine à obtenir l'aide financière de l'Agence nationale pour la cohésion sociale, alors dirigée par Jeanette Bougrab ! Autrement dit, celle qui aujourd'hui est à l'origine d'une étrange polémique autour de sa relation avec Charb, présidait à l'époque une agence de l'Etat qui avait fait d'Amedy Coulibaly une icône de la prévention en milieu carcéral, cette icône ayant précédemment conforté Jean-Marie Delarue dans ses projets pour les prisons françaises.

Projection à Tremblay- en -France du film pédagogique financé par l'Agence Nationale pour la Cohésion Sociale et l'Egalité des chances , le Conseil Régional d'Ile-de-France et le Conseil Général du Val-de-Marne (94)

La prison : lieu de radicalisation ?

En 2011, Jean-Marie Delarue s'est lancé dans un nouveau projet pour les prisons françaises, s'attaquant à la question de la liberté de culte en milieu carcéral. L'Express qui s'était procuré le rapport en exclusivité sous-titrait "Les détenus musulmans n'ont pas les moyens de pratiquer leur religion, dénonce le contrôleur général des prisons, Jean-Marie Delarue". Entres autres propositions, Jean-Marie Delarue proposait d'augmenter le nombre d'aumôniers musulmans dans les prisons. Interrogé à plusieurs reprises en juin 2014 sur le thème de l'Islam radical dans les prisons françaises, il s'était lancé dans des déclarations contradictoires, déclarant le 2 juin 2014 à l'AFP qu' "il ne faut pas croire que la prison est une fabrique à islamistes radicaux"  avant d'affirmer le 4 juin sur France Info que  "la prison est une machine à radicaliser" , pour finalement "relativiser" 8 jours plus tard sur l'antenne de KTO TV déclarant qu' «Il faut relativiser la portée de l’endoctrinement en prison. La religion attire en prison parce que les prisonniers sont face à eux-mêmes, au mal qu’ils ont commis et ils sont en situation de détresse et la religion est une solution.» [Lire ici].

Jean-Marie Delarue sur la radicalisation en prison : des propos contradictoires

Espérons que Jean-Marie Delarue n'ait pas également "relativisé" la portée de l'Islam radical en tant que président de la CNCIS et chef des écoutes. D'autant plus lorsque l'on apprend qu'un téléphone a été saisi dans la cellule de Djamel Beghal, grand "manitou" présumé des frères Kouachi et d'Amedy Coulibaly, le 27 janvier dernier alors que Jean-Christophe Delarue militait encore il y a moins d'un an pour le droit au portable dans les centres pénitentiers. Le député Guillaume Larrivé avait dénoncé cette idée, reprise par Adeline Hazan sucesseur de Jean-Marie Delarue à la tête des prisons françaises. C'est lors de l'examen du projet de loi renforçant les dispositions relatives à la lutte contre le terrorisme, le 22 Juillet 2014 à l'Assemblée Nationale qu'il avait "formé le vœu que […] le ministère fasse entendre la voix de la raison et s’oppose fermement à une telle évolution", adressant sa requête à Bernard Cazeneuve et à Jean-Jacques Urvoas qui est membre de la CNCIS en même temps qu'il préside la Commission des Lois.

Terrorisme : le portable autorisé en prison ?

CNCIS : une privatisation des écoutes ?

Le "voeu" sécuritaire de Guillaume Larrivé a -en partie seulement- été exaucé puisque Jean-Jacques Urvoas a justement proposé un article 15 bis inscrit le même jour dans le projet de loi et autorisant l'examen du portable des détenus mais selon les critères très spécifiques : uniquement dans les établissements pénitentiaires ; que pour les détenus ayant un téléphone clandestin ; et pour ne recueillir que les seules données de connexion. De plus, un contrôle approfondi de la part de la CNCIS est prévu puisqu'elle "disposerait d'un accès permanent au dispositif de recueil de données et de connexion afin de procéder aux contrôles nécessaires et notamment de s'assurer que les seules données collectées sont celles prévues par le dispositif et qu’elles concernent uniquement des personnes détenues".

Article 15 bis relatif à l'écoute des portables en milieu carcéral.

Article 15 bis relatif à l'écoute des portables en milieu carcéral.

Autrement dit, les dirigeants de la CNCIS militent pour que les portables prospèrent en prison, tout en prenant le contrôle de leurs écoutes via la CNCIS. S'agit-il d'une "privatisation" des écoutes dans les prisons françaises, révélant un des fronts de la "guerre souterraine" que se livreraient la CNCIS et la DGSI ? Cette question est d'autant plus primordiale que l'on se demande pourquoi Jean-Jacques Urvoas n'aurait rien fait pour permettre le prolongement des écoutes de Saïd Kouachi en juin 2014 alors qu'il a présidé le mois suivant l'adoption d'un projet de loi antiterroriste qui détaillait "une menace d'une ampleur inédite", affirmant notamment qu'à la date du 17 juillet 2014, les services recensaient 172 ressortissants français revenus de Syrie, dont une centaine sur notre territoire. Quid de l'inaction de Jean-Marie Delarue qui préside la CNCIS et qui est enrichi d'un long parcours au sein du milieu carcéral. .S'agit-il des traces de la guerre souterraine que les services et la CNCIS se livreraient selon Jean Guisnel ? Et si cette "guerre souterraine" existe bien, les attentats de Paris en sont-ils une conséquence directe ?

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Thierry 01/02/2015 18:58

Je ne comprends pas cette histoire de commissions sur les écoutes parce que moi je suis sur écoutes de la DGSE et de la DPSD depuis 1997. Les clowns du renseignement n'hésitent pas à m'envoyer des gens pour m'intimider, ils se sont introduits à de nombreuses reprises à mon domocile, et me rabattre sur leur service car ils n'ont en vérité pas de gens vraiment compétents.
Ils ont tenté de me crééer des problèmes avec l'affaire Mireille femme de policier aux gros seins qui travaillait à la Banque Fédérale Mutualiste.
Je leur ai expliqué à de nombreuses reprises que je refuse d'être payé au SMIC sous domination de vieils homosexuels (c'est à dire travailler à la DGSE qui regroupe 90% de toutes les folles que j'ai rencontré pendant toute ma vie), mais ils insistent lourdement.
Savez vous où je peux demander une protection contre l'Etat et ses clowns du renseignement ?

K... 22/02/2015 19:16

Ou alors c'est que vous n'êtes qu'un psychotique hébephrène pas intéressant... (hypothèse)

DAMIANA 01/02/2015 19:35

Voir du coté de la CNIL, c'est son boulot ! Mais ça m'étonne que l'affaire dure depuis 97 , ils n'ont pas les moyens